Témoignage d’une Ancienne

Procession de la Fête-Dieu

Je suis entrée à l’École en octobre 1936, en classe de 3°, la classe la plus élevée à l’époque. Nous étions une dizaine d’élèves. Notre salle était au rez-de-chaussée, côté cour, inondée de lumière par ses hautes fenêtres; au delà de la grille qui ceinturait la cour, le regard se perdait sur un terrain vague. Non loin de là coulait le Jarret, nauséabond, à ciel ouvert.

Des versets de psaumes et des paroles d’évangile se détachaient en lettres noires sur les murs ocres des couloirs.

La chapelle était encore celle que les Visitandines avaient quittée peu avant, attenante à la chapelle actuelle sur le côté et séparée de celle-ci par une grosse grille noire. Quand nous suivions la messe (à genoux, pas question de s’asseoir) la communion nous était donnée par un guichet.

La vie de l’école était rythmée par le déroulement de l’année liturgique dont les temps forts étaient particulièrement marqués. Ainsi en était-il de la Semaine Sainte au cours de laquelle nous suivions l’impressionnant Office des Ténèbres.

Je revois comme si c’était hier Melle Renaud nous lisant le Chemin de Croix de Péguy. Elle y mettait tant de cœur et de feu qu’elle ne pouvait s’empêcher de pleurer et se tamponnait à chaque instant les yeux avec son mouchoir et, bien sûr, nous partagions la même émotion.
Dans un registre joyeux, la préparation de la fête-Dieu atteignait des sommets ; les fleurs fraîches étaient entreposées dans l’ombre fraîche d’un local un peu mystérieux en attendant que nous en fassions des motifs sur le sol du cloître. Je pourrais citer encore la Course à l’étoile au moment de l’épiphanie, le chapelet, en rangs dans le cloître, les représentations théâtrales et même l’initiation à la misère en allant payer de notre personne dans une famille déshéritée. A Chevreul, l’éducation était l’affaire de l’Ecole, les parents n’y avaient pas leur place !
Le but était de former des femmes foncièrement croyantes ayant à la fois l’humanité de reconnaître leurs limites et l’audace d’être ouvertes au monde. L’éducation de l’intelligence allait de pair avec celle du caractère. L’accent était mis sur la domination de soi autant que sur la formation du jugement.

Qu’en est-il aujourd’hui depuis les profonds bouleversements sociaux des dernières décennies ?

Agnès Bourdillon-Léon

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